
Le syndicalisme responsable sort gagnant du conflit du CPE parce que les organisations de salariés ont su traiter d’égal à égal avec leurs partenaires étudiants et lycéens. C’est bien toute une génération qui a fait irruption en politique en se mobilisant pour le retrait du CPE. En stigmatisant les moins de 26 ans, le gouvernement a réussi, en fin de compte, à ce que se manifestent un débat et des solidarités entre jeunes et moins jeunes, solidarités qui se sont exprimées par des rassemblements de millions de personnes dans les rues. Des solidarités aussi à travers une intersyndicale très large, réunissant des organisations de salariés d’étudiants et de lycéens, qui a tenu près de trois mois. Pour Alexis Guenego, secrétaire national, cette unité autour d’un seul mot d’ordre, le retrait du CPE, a tenu en particulier avec les organisations de jeunes du fait « d’une confrontation permanente et d’un respect mutuel. La plupart des organisations de salariés ont fait preuve de rigueur d’analyse en traitant d’égal à égal avec les organisations d’étudiants et de lycéens, sans condescendance. À 20 ans, on est adulte », ajoute-t-il. Gaby Bonnand, secrétaire national, qui a pris lui aussi part à l’intersyndicale, rapporte que les organisations de salariés ont par ailleurs globalement « évité l’écueil d’une sorte de jeunisme qui aurait consisté à approuver systématiquement tout ce qui émanait du mouvement étudiant, à l’instar de la FSU, par exemple, qui, au cours des intersyndicales, n’a jamais dénoncé les blocages ni les dégradations » (la FSU est la principale fédération de syndicats d’enseignants). Pour Alexis Guenego, « la Confédération étudiante a joué un rôle central par ses positions responsables ». Notamment en n’appelant pas au blocage des universités mais en cherchant plutôt « à fédérer et à convaincre », indiquait récemment sa présidente Julie Coudry, partant du principe « que chacun doit pouvoir s’engager à sa façon et en toute liberté ». La Cé grande gagnante. Un positionnement qui, soit dit en passant, « a fait bouger les lignes du syndicalisme étudiant », ajoute le secrétaire national. Non sans difficulté cependant, car la CFDT a dû taper du poing sur la table, et ce dès la première intersyndicale, pour que la Cé (Confédération étudiante) soit acceptée, en particulier par l’Unef, qui éprouve certaines difficultés à accepter une Cé qui renforce de plus en plus son audience. Mais paradoxalement, en s’en tenant au champ syndical et au seul mot d’ordre de retrait du CPE, « la Cé a indirectement aidé l’Unef, qui se trouvait sous la pression de la coordination nationale étudiante qui cherchait à imposer un discours politique et plus radical », fait observer Gaby Bonnand. La coordination étudiante qui, au 24 avril encore, considère qu'il n'y a « aucun intérêt à s'arrêter au retrait du CPE » et appelle à poursuivre la lutte « contre l’ensemble de la loi sur l'égalité des chances, le CNE [contrat nouvelles embauches] et la répression policière et administrative dont est victime le mouvement social », mais aussi contre « le projet de loi Sarkozy sur l'immigration choisie ».
Bref, la Cé s’avère « être la grande gagnante du fait de son syndicalisme indépendant qui s’est confirmé dans l’action », soutient Alexis Guenego (lire ci-dessous le contenu du contrat d’association entre la Cé et la CFDT). Elle est restée dans son rôle en appelant au déblocage des universités dès le 10 avril, après la déclaration de Dominique de Villepin demandant le remplacement du CPE. « Il n’y a pas de raison que le type de syndicalisme que défend la CFDT ne se retrouve pas dans le syndicalisme étudiant », notait récemment François Chérèque. Et Julie Coudry est en phase avec la CFDT lorsqu’elle revendique, pour l’insertion des jeunes dans la vie active, « d’associer la question de l'emploi à celle de la formation et de l'insertion, de réfléchir au moyen de professionnaliser les études supérieures, de développer les vrais stages, et d’aider davantage les jeunes sans qualification ».
À l’heure d’un bilan qui reste encore à établir, on peut néanmoins constater que le conflit anti-CPE a fait bouger de façon décisive les rapports entre le politique et la société civile. Le premier ne pouvant plus ignorer la défiance de la seconde vis-à-vis de la politique sociale tout du moins.
Plus encore, « une jeunesse s’est révélée, estime la Cé. Alors qu’on cherche à l’enfermer dans une indignation résignée, elle s’est faite rebelle à l’avenir qui semble s’imposer à elle. Elle refuse d’accepter passivement qu’elle devra vivre moins bien que ses parents ». C’est une donnée de fond ainsi mise à jour par la crise du CPE. « Pour la première fois dans notre histoire moderne, les générations étudiantes d’aujourd’hui qui vont entrer dans la vie active ne sont pas assurées d’un avenir matériel au même niveau que celui de leurs parents », indique Alexis Guenego qui rappelle cependant que les étudiants ne sont pas tous les jeunes.
C’est ce qui explique aussi en partie la solidarité entre les générations au cours du mouvement. « Cette problématique intergénérationnelle apparaîtra en toile de fond des futures négociations, prévient le secrétaire national, vis-à-vis de la future réforme des retraites en 2008, par exemple ou de celle de la protection sociale, ou encore des politiques de l’emploi… L’avenir appartient à la jeunesse, mais il dépendra des décisions qui se prendront ou ne se prendront pas dans les années qui viennent ». 
Julie Coudry
Cliquer sur le lien pour voir le contrat qui lie la Cé et la CFDT: associations_avec_la_cfdt.3.doc
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