« On sera sans doute à 60% de grévistes, l’un des plus forts taux de mobilisation des personnels de crèches » prévoit Yves Fournel, adjoint au maire de Lyon en charge de l’éducation et de la petite enfance. Aujourd’hui, pour la 3e fois en deux mois, le collectif « pas de bébé à la consigne » qui fédère de nombreuses associations et syndicats de professionnels de la petite enfance, appelle à une journée d’action et de grève. A Lyon, une manifestation est prévue à 10h, place des Terreaux. Beaucoup de directrices de crèches, éducateurs de jeunes enfants ou puéricultrices y seront, pour protester contre un projet de décret du gouvernement qui constitue, selon eux, un « inquiétant retour en arrière ». Deux dispositions de ce texte sont particulièrement décriées.
Le taux d’encadrement par les professionnels les plus qualifiés passerait de 50 à 40%, au profit de titulaires d’un CAP petite enfance ou BEP sanitaire et social. Or « les éducateurs de jeunes enfants ont une approche plus approfondie de la psychologie et du développement de l’enfant. Nous avons une formation qui nous permet de travailler sur de véritables projets socio-éducatifs » estime une éducatrice de jeunes enfants. A la différence des formations "de base", centrées sur l’hygiène et le soin. « C’est comme si on considérait que la petite enfance n’était qu’un problème de garde. Non, c’est un problème d’éducation ! » assure Yves Fournel, qui se dit « complètement solidaire » de ce mouvement.
Autre crainte : le taux d’accueil en surnombre des jeunes enfants serait porté de 110 à 120% pour les structures de plus de 40 berceaux. Ce qui signifie qu’une crèche prévue pour 60 enfants pourrait en accueillir 72, « de façon exceptionnelle et ponctuelle » précise le décret. Mais dans les faits, les professionnels constatent que l’exception est souvent « régulière » : chaque adulte s’occupe alors de plus de 5 bébés ou 8 jeunes enfants, comme le prévoit le taux d’encadrement normal. « Il y a des seuils de tolérance ; avec un adulte pour dix enfants en âge de marcher, il y a forcément des débordements » témoigne une éducatrice qui estime qu’on réduit alors « l’espace vital » des enfants et la qualité de leur accueil.
« En augmentant la proportion de personnels moins qualifiés et le nombre d’enfants accueillis, il pourrait y avoir une sacrée baisse de la qualité d’accueil » estime une directrice de crèche à la Croix-Rousse, pour qui les équilibres sont très fragiles. Il suffit parfois d’un adulte en moins, pour qu’une situation de stress, d’irritabilité accrus soient perceptibles par les enfants. « On a peur de devenir un poulailler où on va ranger les enfants dans des cages à poules, les nourrir et les changer. Quelle disponibilité aurons-nous pour être attentifs aux enfants dans leur individualité et pour créer du lien avec les familles ? » s’inquiète-t-elle. « On se bat pour garder une qualité d’accueil avec une qualité d’encadrement » résume une éducatrice.
Mais l’inquiétude des personnels de la petite enfance - et des parents, de plus en plus concernés - déborde largement le seul projet de décret gouvernemental. Beaucoup se mobilisent parce qu’ils estiment faire les frais de « tout un processus politique qui met à bas l’ensemble du service public socio-éducatif ». La mobilisation s’organise, et pas seulement par la contestation. Des associations, syndicats, collectivités locales, mouvements pédagogiques se réunissent pour « imaginer une véritable politique publique de l’Education ». Cela se passe notamment dans le cadre des assises nationales de l’Education qui sont coordonnées par le réseau français des villes éducatrices présidé par la Ville de Lyon.
Anne-Caroline JAMBAUD Libération















NON à la baisse de la qualité d'accueil
NON au projet de décret modifiant la règlementation de l'accueil collectif de la petite enfance